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jeudi 14 octobre 2010

C’est pas mal, pour un acadien….

Tel que publié dans l'édition du 8 octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Est-ce qu’on se tient à des standards moins élevés, entre acadiens? Est-ce qu’on se contente de faire ce que nous faisons, sans se tenir au niveau des autres? Apparemment, oui.

Récemment, le jury du Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) a décidé de ne pas accorder de prix dans la catégorie de moyen ou long métrage acadien. Pourquoi? Selon eux, aucun des films présentés n’était à la hauteur. Cette décision est évidemment controversée.

D’abord, je crois que la nature de la catégorie veut que le prix puisse être accordé peu importe les soumissions. Même dans le cas où les films en compétition sont affreux (je ne sais pas si c’est le cas pour les films candidats au FICFA), on peut choisir le meilleur des mauvais films. Comme tous les moyens ou longs métrages acadiens sont automatiquement éligibles pour le prix, il me semble qu’on pourrait au moins choisir un film, selon les circonstances.

Mais je trouve intéressant que la présidente du jury a dit que ce n’est pas tous les cinéastes acadiens qui se méritent quelque chose. Je ne crois pas que tous les cinéastes acadiens réclament qu’on leur octroie un prix peu importe leur travail créatif. Mais est-ce vrai qu’on compare nos artistes entre eux et pas aux autres artistes hors-Acadie de leurs domaines? Est-ce une mauvaise chose? N’est-ce pas que c’est un peu décourageant de ne pas avoir de meilleur film acadien parce que les films produits par les autres sont de meilleure qualité, surtout si on considère les facteurs socio-économiques touchant à nos artistes?

Je me demande si ce genre de décision peut aggraver le complexe d’infériorité de l’Acadie. Je vois mal d’autres festivals ne pas accorder de prix parmi les œuvres reçues. Est-ce parce qu’ils n’oseraient pas admettre au grand public que leurs artistes ne sont pas du calibre voulu? Où plutôt que tous leurs artistes sont au calibre et que cette question n’entre pas en jeu?

Mais si les œuvres ne sont vraiment pas de bonne qualité, que devrait faire le jury? Recevoir le prix de meilleur moyen ou long métrage acadien est quand même prestigieux.  En quelque part, le cinéaste se méritant ce prix devient ambassadeur de tous les cinéastes acadiens, du moins pour un an. Veut-on des ambassadeurs dont les œuvres sont médiocres? Évidemment non.

J’ai de la misère à me positionner définitivement sur cette question. Come je n’ai pas vu les films en question, je ne peux me baser que sur la philosophie éthique de la situation, et je me demande si nous devons nous reconnaitre entre acadiens malgré tout, où si nous pouvons nous dire que nous ne sommes pas au niveau des autres et que nous ne méritons pas d’accolades pour ce que nous avons produit.

Il y a deux choses dont je suis certaine : Je suis contente d’avoir été ni membre du jury, ni cinéaste en nomination au FICFA cette année.

jeudi 7 octobre 2010

Une identité bilingue?

Tel que publié dans l'édition du 6 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse



Dernièrement, on voit de plus en plus d’indications qu’entre les cultures anglophones et francophones, une autre se forme. Serait-il possible que le bilinguisme forme une vraie culture autour de lui? Est-ce bon pour la communauté francophone?

Ça fait  peut-être vingt ans depuis que Roch Voisine a eu son succès avec la chanson bilingue « Hélène », mais la mode est loin d’être passée. Des groupes comme  Alfa Rococo  et Bette et Wallet chantent aujourd’hui des chansons avec des parties en anglais, et d’autres en français, pêle-mêle. Ce mélange a été crédité comme un des facteurs du succès monstre de l’album Belmundo Régal, du groupe Radio Radio. Ça permet aux anglophones d’écouter et d’acheter de la musique « française » qu’ils n’auraient pas autrement pu comprendre. Ça permet aux artistes d’avoir une portée beaucoup plus large avec leurs créations, ce qui est important quand on considère que le système de diffusion et de promotion est encore largement anglophone en Amérique du Nord.

 Mais cette culture est-elle vraiment en train de nous bilinguiser?

Pour moi, ma vie est divisée en parties, selon la langue utilisée. J’ai ma culture acadienne, et mes amis francophones, et une communauté à multiples niveaux à laquelle je sens une appartenance. J’ai aussi un milieu anglophone, des amis qui ne parlent pas le français, et tout un bagage culturel américanisé auquel je tiens aussi. Ces cultures sont dans des compartiments identitaires séparés, et mon identité est formée du mélange des deux. Je ne dirais pas autant que mon identité est « bilingue ».

Le danger lorsqu’on identifie notre culture comme étant bilingue, c’est qu’on mêle identité et habileté. On a les capacités de fonctionner dans les deux langues, et on se voit dans les deux cultures formées autour d’elles. Mais on ne peut malheureusement pas vraiment voir une culture entre les deux. Une des raisons est que c’est largement les francophones qui s’ouvrent vers la culture anglophone, avec peu de réciprocité. On ne pourrait vraiment parler de culture bilingue que lorsque les prestations culturelles bilingues viennent des deux côtés de la médaille. Ça me ferait plaisir de voir un groupe comme Nickelback faire un album où la plupart des refrains sont en français, et voir les canadiens se rassembler autour de cet album mais je ne tiendrai pas mon souffle.

Entre temps, on peut appuyer les efforts de ces groupes qui poussent les limites des cultures déjà définies. En écoutant des chansons bilingues, on peut imaginer un Canada avec une culture unie, où on connait aussi bien Jean-François Breau que Justin Bieber, partout au pays. D’un pays où on partage vraiment des éléments de la même culture, sans compromis linguistique ni traduction.

Cette nouvelle vague dans le monde de la musique ne témoigne pas d’une culture véritablement bilingue, mais plutôt du  rêve de la culture bilingue et de sa vitalité