Affichage des articles dont le libellé est francophonie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est francophonie. Afficher tous les articles

lundi 12 septembre 2011

Causons


Tel que publié dans l'édition du 22 juillet 2011 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Cette semaine, Air Canada a finalement reçu une claque légale pour manque de bilinguisme, et les francophones ont reçu une claque sociale pour avoir fait respecter leur soi-disant droits.
Michel Thibodeau, un franco-ontarien, n'a pas reçu de service en français sur un vol de Air Canada. Au lieu de déposer une plainte qui s'ajouterait sur le tas qui doit commencer à être gros, il a choisi d'aller en cours et demander des répercussions financières. Il a demandé pour plus d'un demi-million en réparations, et en a été accordé 12 000$. 

Il était temps que cette cage soit branlée. 

Mais cette micro-victoire pour nos droits n'est pas ce qui me pousse à dépoussiérer mon chapeau d'éditorialiste cette semaine. C'est la réaction populaire à cette nouvelle. 

Comme Patrick Lagacé l'a noté dans un article pour Cyberpresse, les commentaires sur l'article sur le site Internet du Globe and Mail brillent par leur francophobie, voire leur racisme. Ils portent en majorité sur le fait qu'il est impossible de se faire servir en anglais au Québec (pas vrai et pas rapport), que M. Thibodeau est bilingue et devrait juste parler en anglais dans cette situation (parce que c'est à nous à parler deux langues et pas aux agents de bord...), et sur le fait qu'il a eu un procès en français avec un juge francophone (encore un autre complot francophone). On ne peut demander trop de la collectivité qui commente l'Internet sous le voile de l'anonymat, mais lorsqu'on lit des commentaires comme "Est-ce que les canadiens français se demandent parfois pourquoi ils sont tellement méprisés par le reste du Canada?", c'est une autre affaire. Si vous ne me croyez pas, substituez le mot "français" pour "juif" et relisez-moi ça. C’est du racisme linguistique flagrant.

Ce n'est pas étonnant qu'on a peur de demander des services en français. Si ce n'est pas des anglophones qui nous repoussent avec des commentaires comme "Ces gens n'iront peut-être pas en enfer, mais si il y a justice Dieu les gardera au purgatoire en attendant un traducteur.", ce sont nous qui traitons les défendeurs de nos propres causes de radicaux et de fascistes.

Se battre en cour n’est pas une façon amicale et jolie de résoudre nos problèmes. Je vous assure que ce n’est pas la situation qu’auraient voulu les plaignants s’ils en avaient eu le choix. Gilles Caron aurait préféré simplement recevoir une infraction rédigé dans les deux langues officielles du pays. Lucien Comeau aurait aimé que ses impôts municipaux aillent en partie vers l’école de ses enfants.  Les parents de notre système scolaire auraient aimé que leurs écoles francophones soient acquises de façon moins déchirante. Ils ne méritent pas pour autant d’être victimes de discrimination publique.

Mais la vie n’est pas faite d’idéaux (elle est par contre parfois faite d’idiots…).  Notre francophonie est malgré nous politique. Si on ne soutient pas nos propres causes, légales ou sociales, autant s’assimiler aujourd’hui et nous sauver tous beaucoup d’énergie. Donc à nous de légitimiser l’acquisition de nos droits en demandant pour les services en français qui nous sont destinés et d’agir lorsqu’ils ne sont pas réellement offerts.  Respectons ceux qui ont le front de lutter pour nous. 

Et ne laissons pas Air Canada que Michel Thibodeau est un de plus de 9 millions de canadiens francophones qui s’attendent à être ravis de leur service bilingue!

lundi 6 décembre 2010

Choisis ton aventure

Tel que publié dans l'édition du 26 novembre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Aujourd’hui, vous allez choisir votre propre aventure.

Imaginez-nous en train de vous préparer à demander un service d’une partie offrant un service bilingue. Ça peut-être une agence gouvernementale, une compagnie privée, ou n’importe quelle autre situation où vous avez le droit de vous faire servir en français. Vous arrivez au comptoir (où, après avoir choisi une d’une innombrable quantité d’options vous tombez finalement sur une vraie personne au téléphone), et avec votre plus beau sourire aux lèvres, vous dites « Bonjour! », puis posez votre question en français.  La personne vous répond qu’ils ne parlent pas en français (Ici, vous êtes libres d’imaginer le ton qu’ils prennent : mal à l’aise, défiants, de bonne humeur, espérant que vous n’êtes pas venu évaluer la qualité du service bilingue, etc. C’est votre histoire, après tout).

Comme cette personne ne peut vous servir dans votre langue, vous :

a)    Demandez en français  si on peut vous trouver quelqu’un qui peut vous servir en français.

b)    Demandez en anglais  si on peut vous trouver quelqu’un qui peut vous servir en français, pour faire sur qu’ils vous comprennent.

c)    Demandez en anglais (avec votre accent francophone le plus lourd ) si on peut vous servir en français, feignant que les seuls mots que vous connaissez en anglais sont pour demander du service en français

d)    Leur laissez savoir que vous savez que vous avez le DROIT d’être servi en français, et que vous ne bougez pas jusqu’à ce qu’ils se débrouillent. En attendant, vous leur lisez les articles 16 à 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, parce que tant qu’à attendre, autant sensibiliser…

e)    Reposez votre question en anglais, parce que anyways, mesque vous leur disez que vous voulez renewer votre license plate, ils vont savoir que vous les comprennez.
Je vous avoue d’avoir essayé toutes ces solutions auparavant. Oui, même le faux accent, question de ne pas se sentir mal de les laisser savoir qu’il serait super facile de juste me faire servir en anglais, au lieu de les faire suer. Ça peut sembler cruel, mais en revange j’ai le malaise de leur mentir linguistiquement (c’est la pire sorte de mensonge, comme lorsqu’on se dit que puisqu’on a parfois de la difficulté à s’exprimer en français qu’on n’est pas vraiment francophone).

C’est sur que dans un monde idéal, on n’aurait pas besoin de faire ce choix, parce que cette situation ne devrait pas avoir lieu. Mais la réalité est que parfois il manque de personnel, ou il y a une personne qui est bilingue, mais elle est malade ce jour-là, ou quelqu’un a sous-estimé la demande pour les services en français. De plus, la grande majorité des francophones est capable d’au moins de débrouiller en anglais, et ne veut pas attendre plus qu’il faut pour se faire servir, peu importe la langue. Comment trouver la ligne entre être patriote pour la cause et être raisonnablement flexible? C’est un équilibre entre la valeur de se faire servir en français et le temps supplémentaire nécessaire pour que ça arrive, prenant compte des facteurs comme l’humeur de la personne qui vous sert, et combien lutteur vous vous sentez aujourd’hui. Demander ses services en français est autant une question émotionnelle que politique.

Par contre, lorsque la GRC nous arrête pour excès de vitesse, nous devenons très vite prêts à insister sur le service en français…

lundi 25 octobre 2010

Bilinguisme obligatoire


Tel que publié dans l'édition du 22 octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

J’ai récemment demandé à une jeune anglophone ce qu’on pouvait faire pour que nos deux communautés linguistiques soient plus unies. Elle m’a répondu quelque chose de très intéressant : Il faudrait faire tous les anglophones apprendre le français dans le cadre du système scolaire.

Il y  a certainement des options qui existent pour que les anglophones puissent se franciser au cours de leur éducation secondaire, notamment le programme d’immersion qui leur permet de prendre leurs cours en français. Les étudiants qui ne choisissent pas l’immersion ont l’option de prendre des cours de français, au choix. Malheureusement, ces cours ne sont pas assez intensifs pour rendre les jeunes qui les prennent bilingues.

Alors si on imposait l’enseignement des deux langues à tous les canadiens? Il faudrait une grande réforme du système, mais imaginez si tous les canadiens pouvaient comprendre les deux langues officielles. Notre petit monde francophone serait accessible à tous et il y aurait peut-être la formation d’une identité commune.  

Nos écoles francophones enseignent déjà l’anglais au même niveau que les écoles anglaises. Notre environnement minoritaire est assez pour qu’on apprenne l’anglais plus ou moins par osmose. Faudrait-il alors évaluer le facteur environnemental  pour chaque région afin de personnaliser le système d’éducation selon le niveau d’exposition à l’autre langue officielle?  Est-ce qu’on le fait par province? Par école? Par élève, même? Ça pourrait être problématique.

J’aurais aussi une inquiétude par rapport à la façon dont la relation est formée avec la langue française. Dans mon expérience personnelle, beaucoup de personnes qui apprennent le français sont gênés de l’utiliser. Ils disent souvent que c’est parce que leur accent n’est pas bon.  C’est tellement triste de voir quelqu’un qui a fait l’effort d’apprendre une autre langue ne pas avoir la confiance de l’utiliser. Il faudrait alors enseigner le français en le mettant dans le contexte de la francophonie internationale, ou il a en fait plusieurs français, et où les accents sont infinis. Et en plus, l’accent « francophile » est adorable!

Finalement, dans un canada où les jeunes qui graduent de l’école sont capables de converser dans les deux langues officielles, il faudrait prendre avantage de ça. Vous savez comme moi que lorsqu’on n’utilise pas une langue, on la perd. Il faut donc donner des occasions à ces jeunes d’utiliser le français. J’ajouterais aussi qu’il faudrait leur faire vivre des expériences qu’ils partagent avec des francophones de souche et où ils voient qu’ils sont des petites tuiles dans la mosaïque de la francophonie. Je crois qu’il est temps d’arrêter de promouvoir la langue français comme un outil de travail, et de commencer à  parler du côté plus affectif.

Mais ce n’est pas demain que tout cela arrivera. Rendre les canadiens bilingues n’est pas une tâche facile, et nécessite un effort incroyable du gouvernement fédéral, et une grande concertation des provinces, sans mentionner les coûts d’une telle réforme au système.

Mais imaginez un monde où on ne parle plus de minorité anglophone ou francophone, mais on parle de minorité unilingue, et de majorité bilingue.

lundi 18 octobre 2010

Livre de visages

Tel que publié dans l'édition du 15 octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Ahh Facebook. Quel cadeau et quel boulet à la fois. Cet outil à but rassembleur peut causer des inquiétudes morales et légales, sans mentionner le stress de se demander si les photos de la fin de semaine vont se retrouver devant tout le monde.



Malgré ces aspects bien connus et beaucoup discutés, Facebook peut aussi être intéressant d'un point de vue linguistique  (oui, j'arrive toujours à trouver un angle francophone à tout!). En plus de nous permettre de nous connecter et nous regrouper, on peut étudier nos interactions virtuelles pour en arriver à des conclusions sociologiques sur nos choix linguistiques.

Ça fait longtemps qu'on discute de ce qui arrive lorsqu'un groupe de francophones se parlent entre eux et qu'un anglophone entre dans la pièce. Facebook est essentiellement cette situation 24/7, et nous devons constamment choisir dans quelle langue nous exprimer, à la perte d'une part de nos lecteurs.

Comment choisir dans quelle langue « partager » ses nouvelles? Parfois, c'est facile. Si c'est à propos d'un groupe linguistique, on le met dans leur langue: "Céleste se sent acadienne aujourd'hui.". Si on cite quelque chose, ont écrit dans cette langue-là: "Tu me Bonnie, je te Clyde- Pascal Lejeune dans la tête!". Mais c'est dans les situations les moins évidentes que ça devient vraiment intéressant.

Disons que je trouve la température belle aujourd'hui et que je décide de partager ça avec tout le monde. Que fais-je? Français? Anglais? Au hasard? Certains mettent ça dans les deux langues, mais je trouve que ça fait un peu trop style publication gouvernementale. Le choix est toujours personnel, et d'habitude avec peu de réflexion philosophique, et c'est ça qui rend les résultats honnêtes et intéressants.

Par exemple, on trouve des statuts en anglais sur des sujets très francophones: "Celeste is reading Le Courrier and finds the editorials very smart ;) ". On trouve des conversations qui changent d'une langue à l'autre: "Céleste est excitée pour le show de Jacobus et Maleco ce soir" "Me too! Can't wait". Et finalement, il y a l'ami(e) qui ne comprend rien et n'a pas l'intelligence d'utiliser Google traductions: "Céleste est fière de pouvoir écrire ses statuts en français" "What does that even mean? Is it French?".

Nous avons tous à faire un choix à toutes les fois que nous diffusons quelque chose à un groupe mixte de gens. Il n'y a pas de bon ou de mauvais choix, et les conséquences ne sont pas bien graves, mais ce serait peut-être bon de réfléchir un peu à franciser Facebook, en le faisant nous-mêmes, dans les mesures du raisonnable.




jeudi 7 octobre 2010

“A French thing”

Tel que publié dans l'édition du 17 septembre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Comme à peu près tout le monde, j’ai des amis et de la famille qui sont des unilingues anglophones. Et ça me cause des problèmes.

Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas gentils ou aimables. Ou même qu’ils essayent de m’assimiler. Au contraire, comme je l’ai mentionné auparavant, la plupart sont ouverts à la francophonie et aux francophones. Mais je n’arrive simplement pas à leur expliquer ce que je fais avec la communauté francophone. 

Je travaille dans un organisme à but non lucratif, à développer des projets jeunesse qui visent à, entre autres, développer l’identité culturelle chez les jeunes. Et j’ai beaucoup de difficulté à expliquer ça.

Il faut vraiment faire une énorme mise en situation pour en arriver au travail qui se fait aujourd’hui. Un peu d’histoire acadienne, l’explication du passé des écoles et des luttes qui ont eu lieu, l’explication du rôle des institutions, discussion sur l’assimilation, discussion sur le rôle des familles exogames et de l’importance des milieux francophones, mise au point sur les questions de fierté et d’identité dans une communauté qui n’est pas formée que d’acadiens mais aussi de francophones venus d’ailleurs, petite introduction à la francophonie canadienne et internationale, explication brève des processus financiers qui font rouler les organismes communautaires, description des autres organismes. Et tout ça ne fait qu’expliquer pourquoi je travaille, et non ce que je fais. Et il faut vraiment être intéressé pour assister à ce discours juste pour savoir ce que je fais comme travail.

Mais je m’efforce à expliquer tout ça, parce que je crois qu’il est important pour nous tous d’être mieux compris par la population anglophone qui nous entoure. D’abord, parce qu’ils ont le poids démographique qui est tellement important lors de décisions et de processus démocratiques. Ensuite, parce que j’en ai marre d’entendre que je vais à un « french thing », alors que j’assiste à des forums, des conférences, des concertations, des réunions, des événements jeunesse, et des spectacles. On ne peut pas blâmer qui que ce soit d’être ignorant de la réalité francophone, mais si on les laisse dans cette ignorance, ça devient un peu de notre faute. Et qui sait, ils deviendront peut-être partisans de la cause.

Mais j’ai encore des défis. Par exemple, je donnerais ma main droite pour avoir un mot en anglais qui est équivalent à «animation ». On peut dire que c’est un mélange de hôte, maitre de cérémonie, et de motivateur, mais ce n’est pas très concis, et essayez donc de mettre ça sur votre CV! Aussi, quelle est la meilleure chose à dire à quelqu’un qui dit ne pas aimer votre musique en français parce qu’ils ne comprennent pas les mots et qu’ils sont mal à l’aise? Les envoyer se promener? Leur faire un discours sur comment la musique est importante pour la survie culturelle du peuple? Monter le volume? L’éteindre poliment?

Bref, la relation avec les anglophones n’est pas toujours facile à gérer. Mais il est primordial pour l’avenir de notre communauté qu’au minimum, ils nous comprennent un peu mieux. Et c’est à nous de passer le mot!



La tête dans les nuages, les pieds sur terre.

Tel que publié dans l'édition du 3 septembre  2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse 

Comment faire avancer la communauté acadienne? Garder les deux pieds dans le concret, en s’assurant que nos actions sont réalisables, bien exécutées, et ont des résultats mesurables. Et en même temps, se permettre de rêver aussi grand qu’on peut, et laisser aller son imagination.

La plus grande menace pour notre avancement, ce n’est pas l’assimilation ou le manque de ressources. C’est le statut quo. Quand nos institutions sont prises dans un cycle se répétant sans grand changement à perpétuité, il y a là un grand danger. Ce danger est qu’on perde contact avec les vrais besoins et les enjeux actuels. C’est peut-être plus simple et réconfortant de rester avec « ce qui marche déjà » (encore pire, c’est de perpétuer un cycle qui fonctionne peu, ou pas du tout), mais il faut être capable de s’évaluer avec un œil critique, et de s’admettre lorsque nous sommes devenus stagnants. Ce n’est pas facile d’admettre qu’on est déconnectés de la réalité de notre communauté et qu’on travaille dans le vide, mais le faire permet de reprendre contact avec les gens qu’on dit desservir, et de se réorienter selon leurs besoins. Si on n’est pas capables de mener à bout cet exercice, il faut se questionner sérieusement sur notre volonté et notre capacité de vraiment aider la communauté acadienne, et ses causes.

Se permettre de rêver grand peut aussi être un défi. Pour cela, il faut parfois puiser au fond de son imaginaire. Il faut essayer de laisser aller toutes les choses que l’on prend pour acquises et se laisser conceptualiser un monde plus ou moins utopique, et le chemin qu’on prendrait pour s’y rendre. Le défi là-dedans, c’est que nous devons penser à des choses qui ne se produiront peut-être pas (ou probablement pas, comme mon rêve de racheter toutes les terres à Grand-Pré, et d’emménager ça avec tous les acadiens de la province). Mais même mon rêve un peu farfelu de dé-déporter les acadiens jusqu’à notre point de départ peut mener à quelque chose. Ce que je cherche, au fond, c’est une communauté qui n’est pas divisée par les limites de nos villes et villages, capable d’être unie en masse critique pour avoir un vrai poids politique. Déplacer tout le monde est loin d’être la seule solution, et certainement loin d’être la plus facile à mettre en exécution. C’est un point de départ pour trouver une solution plus viable à la même problématique.

La solution, c’est de frayer un bon chemin stable entre nos grands rêves et la vraie vie, et essayer de minimaliser la distance entre les deux. Et ensuite constamment se demander si ce chemin mène vraiment la communauté vers l’avant.

Bons rêves!

Un Forum incroyable

Tel que publié dans l'édition du 27 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Chers lecteurs, permettez-moi d’être un peu égoïste avec cet espace cette semaine, et de vous parler d’une expérience sans pareil que je viens de vivre.

J’ai tout récemment participé au Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques, organisé par le Centre de la francophonie des Amériques, à Moncton et à la péninsule Acadienne. Je me suis trouvée en compagnie d’une soixantaine de jeunes vraiment spéciaux, venant du plus sud du continent jusqu’au nord du Canada, et en passant par la Caraïbe. En plus d’échanger avec des jeunes de partout dans notre belle langue qui souvent n’était pas leur première, j’ai pu vivre et partager l’Acadie avec des gens qui ne savaient pas trop ce que c’était. Je vous assure que beaucoup sont partis en se considérant acadiens.

Vous raconter tous les beaux moments prendrait cette édition entière du Courrier, alors je me retiendrai un peu. Nous avons eu droit à des tables rondes, des conférences, des ateliers, et des événements culturels incroyables. Quelques moments qui ont été forts pour moi personnellement sont été le cours d’histoire rapide de Maurice Basque, historien de l’Acadie par excellence, la conférence d’Antonine Maillet, et passer le 15 août à la péninsule acadienne, avec 1755 en spectacle, en plus! J’ai aussi pu être témoin à l’éveil identitaire de plusieurs participants, notamment un louisianais vivant au Texas qui a pu vraiment vivre sa langue dans un environnement francophone pour la toute première fois. Vous pouvez imaginer qu’il y a eu des émotions fortes, et des moments de solidarité intenses.

En fait, la francophonie a plusieurs facettes sur ce continent. En Amérique du sud et aux États-Unis, c’est surtout une langue d’apprentissage. Pour les Canadiens, c’est une langue que nous devons nous engager pour garder. Pour les Créoles et les autochtones, c’est la langue de l’oppresseur qu’ils ont gardé au fil des ans. Ce qui est toujours incroyable chez les jeunes, c’est notre capacité de surmonter ces différences en un instant pour se rassembler autour d’humour, de chansons, et d’expériences que nous créons ensembles.

Tout ça est bien beau et crée des jolis moments pour la couverture médiatique, mais ce ne semble pas trop concret. À la toute fin du forum, il y a eu un engagement de la part des jeunes pour créer des initiatives après leur retour. Je suis déjà en contact avec des ambassadeurs pour travailler sur des projets de natures diverses et tangibles. Restera à voir quelles sortes de retombées nous pouvons avoir en collaborant de l’autre bout du monde. Du moins, on aura une pleine conscience du fait francophone dans ce grand continent qu’est les Amériques.

Finalement, je veux partager avec vous un moment qui m’a marqué de façon inattendue. Nous avons eu droit à une petite mise en contexte au Pays de la Saguine, par une dame qui s’appelait Dorine. Après nous avoir expliqué un peu l’histoire de l’Acadie, elle s’est penchée vers l’avenir. Elle a dit, avec toute la conviction de con corps et de son cœur : «  Pour garder la langue, il y a seulement une méthode. Pas deux, pas cinq, pas dix. Une. Et c’est celle-ci : Soyez fiers de qui vous êtes ». J’en ai encore des frissons.

Complot?

Tel que publié dans l'édition du 13 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse 


Cette semaine, l’Anglo Society of New Brunswick continue avec ses propos haineux envers les francophones. Cette fois, c’est en affichant sur Facebook des photos de robes qui rappellent celles du Ku Klux Klan, mais colorées aux couleurs et aux drapeaux de l’Acadie et du Québec. Cela représenterait, selon les anti-bilinguistes, le complot entre les Acadiens et les Québécois pour prendre contrôle du Canada et imposer notre langue et notre culture aux les anglophones du pays. Cela fait écho aux commentaires du Ottawa Citizen, qui insinuait que les francophones complotaient sur leurs recensements pour affecter l’argent leur étant alloué.

Ça me fait toujours un peu rire quand les gens voient les francophones comme appartenant à une seule culture, et avec les mêmes desseins politiques. Et en plus, ils croient qu’on est assez rapprochés et organisés pour avoir la capacité de mettre en branle un énorme mouvement anti-anglophone, de façon secrète, et ce, dans toutes les branches du gouvernement et de la société. Ça serait un grand compliment à nos capacités, si les propos n’étaient pas tellement insultants et francophobes.

On dirait qu’à chaque fois qu’on prend un pas de l’avant pour la francophonie, on le fait en marchant sur les orteils des anglophones. Je ne dirais pas que la population anglophone en générale nous craint, même que la plupart apprécient la diversité linguistique et culturelle du pays. Cependant, à chaque fois que nous avons une réussite quelconque, des commentaires diffamatoires nous sont lancés au visage. Lorsque la nouvelle est sortie que le conseil municipal de Halifax étudierait la possibilité de publier ses communications dans les deux langues officielles, certains commentaires sur le site Internet de Radio-Canada étaient tellement affreux qu’ils ont du être enlevés par l’ombudsman. Est-ce que ces commentaires représentent un sentiment caché chez les anglophones, ou est-ce un petit groupe de francophobes qui crient haut et fort à tous les coups? Espérons que c’est ce dernier.

La difficulté avec toute cette affaire, c’est que pour vraiment changer la perception des gens envers la culture (ou plutôt, les cultures) francophone au pays, il faut le faire un anglophone à la fois. On ne peut pas vraiment apprécier la culture de quelqu’un sans avoir baigné un peu dedans. On ne peut pas comprendre pourquoi nous devons lutter pour le français sans avoir le plein discours sur l’historique des peuples francophones, et la mise en contexte actuelle, et qui a le temps de faire ça? De plus, l’histoire dépend de si c’est un acadien, un québécois ou quelqu’un d’une autre culture francophone qui parle. Pas surprenant qu’ils ne nous comprennent pas mieux.

Cela étant dit, je propose qu’on s’efforce de mieux sensibiliser les anglophones (ou ceux issus de d’autre cultures non francophones, ne généralisons pas, après tout…) dans la vie de tout les jours. Essayons de clarifier les situations où on est mal compris, et prenons le temps de faire comprendre notre communauté, surtout lorsqu’il est question de nos droits et nos besoins.

On nous accusera peut-être d’avoir comploté pour informer les gens de notre culture, pour assimiler les anglophones, évidemment!

Une identité bilingue?

Tel que publié dans l'édition du 6 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse



Dernièrement, on voit de plus en plus d’indications qu’entre les cultures anglophones et francophones, une autre se forme. Serait-il possible que le bilinguisme forme une vraie culture autour de lui? Est-ce bon pour la communauté francophone?

Ça fait  peut-être vingt ans depuis que Roch Voisine a eu son succès avec la chanson bilingue « Hélène », mais la mode est loin d’être passée. Des groupes comme  Alfa Rococo  et Bette et Wallet chantent aujourd’hui des chansons avec des parties en anglais, et d’autres en français, pêle-mêle. Ce mélange a été crédité comme un des facteurs du succès monstre de l’album Belmundo Régal, du groupe Radio Radio. Ça permet aux anglophones d’écouter et d’acheter de la musique « française » qu’ils n’auraient pas autrement pu comprendre. Ça permet aux artistes d’avoir une portée beaucoup plus large avec leurs créations, ce qui est important quand on considère que le système de diffusion et de promotion est encore largement anglophone en Amérique du Nord.

 Mais cette culture est-elle vraiment en train de nous bilinguiser?

Pour moi, ma vie est divisée en parties, selon la langue utilisée. J’ai ma culture acadienne, et mes amis francophones, et une communauté à multiples niveaux à laquelle je sens une appartenance. J’ai aussi un milieu anglophone, des amis qui ne parlent pas le français, et tout un bagage culturel américanisé auquel je tiens aussi. Ces cultures sont dans des compartiments identitaires séparés, et mon identité est formée du mélange des deux. Je ne dirais pas autant que mon identité est « bilingue ».

Le danger lorsqu’on identifie notre culture comme étant bilingue, c’est qu’on mêle identité et habileté. On a les capacités de fonctionner dans les deux langues, et on se voit dans les deux cultures formées autour d’elles. Mais on ne peut malheureusement pas vraiment voir une culture entre les deux. Une des raisons est que c’est largement les francophones qui s’ouvrent vers la culture anglophone, avec peu de réciprocité. On ne pourrait vraiment parler de culture bilingue que lorsque les prestations culturelles bilingues viennent des deux côtés de la médaille. Ça me ferait plaisir de voir un groupe comme Nickelback faire un album où la plupart des refrains sont en français, et voir les canadiens se rassembler autour de cet album mais je ne tiendrai pas mon souffle.

Entre temps, on peut appuyer les efforts de ces groupes qui poussent les limites des cultures déjà définies. En écoutant des chansons bilingues, on peut imaginer un Canada avec une culture unie, où on connait aussi bien Jean-François Breau que Justin Bieber, partout au pays. D’un pays où on partage vraiment des éléments de la même culture, sans compromis linguistique ni traduction.

Cette nouvelle vague dans le monde de la musique ne témoigne pas d’une culture véritablement bilingue, mais plutôt du  rêve de la culture bilingue et de sa vitalité

Marée noire met le français en danger

Tel que publié dans l'édition du 30 juillet 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

La fuite d’huile dans le Golfe du Mexique a eu et continue d’avoir des impacts environnementaux évidents. La compagnie British Petroleum sera longtemps connue pour la mort d’écosystèmes complets. Mais sera-t-elle connue pour avoir contribué à la fin de la langue française sur la côte du Golfe?


Les cajuns de la Louisiane sont parmi les victimes de la marée noire, non seulement parce que leur plages sont pleines de boue huileuse, mais aussi parce que leur mode de vie est en péril. Toute l’industrie marine en est affectée. Les conséquences économiques de ne pas pouvoir pratiquer la pêche sont assez évidentes, les conséquences sociales le sont moins.

Pour beaucoup de pêcheurs louisianais, le bateau  et le quai sont des endroits où ils se retrouvent entre francophones et où ils peuvent parler dans leur langue maternelle en toute tranquillité.  Malheureusement, un grand nombre d’eux ne peuvent plus y travailler depuis le début de la fuite au mois d’avril.

Lorsqu’on enlève un milieu où les gens peuvent se sentir à l’aise de parler en français, c’est toute la communauté qui est en danger. Ça ne prend pas longtemps pour perdre complètement  une langue. Ça en prend encore moins pour en perdre assez pour ne plus être à l’aise de la pratiquer. La perte de bateaux de pêche pourrait vraiment mettre en danger l’avenir de la langue français en Louisiane, qui a déjà une lutte assez dure pour sa survie, comme l’indique la fermeture des programmes de français à l'Université Nicholls State, à Thibodaux.

Lorsque nous parlons de solutions aux problèmes engendrés par la fuite d’huile, ne nous tenons pas à seulement nettoyer les animaux avec du savon à vaisselle. La sauvegarde de l’écosystème côtier est évidemment d’importance première, mais ne laissons pas nos frères cajuns être oubliés dans tout ça. D’après les louisianais à qui j’ai parlé à ce sujet, les acadiens de la Louisiane ne partiront pas de la région, peu importe le niveau de malheur auquel ils puissent faire face. Ils ont déjà été déplacés une fois, et ni un ouragan, ni une marée noire ne les fera perdre le chez-eux qu’ils ont bâti et travaillé fort pour maintenir.

Nous pouvons les appuyer en assurant qu’on parle d’eux, que ça soit connu que c’est plus que les fruits de leur pêche qui sont perdus dans toute cette affaire. Nous pouvons aussi s’assurer que leur communauté reçoit le financement nécessaire pour surmonter l’obstacle de plus devant le développement de son plein potentiel.

S’ils ont su survivre à la déportation des britanniques, ils sauront survivre leur huile.

Anglo Society

Tel que publié dans l'édition du 23 juillet 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse


Pour tous les défis que nous avons comme acadiens et francophones, nous pouvons nous compter chanceux d’une chose : nous n’avons pas de groupe organisé qui s’oppose officiellement à notre lutte pour nos droits. Ce n’est pas le cas pour nos voisins au nord.

La Anglo Society of New Brunswick est un groupe qui se dit défendeur de la culture et de la langue anglais au Nouveau-Brunswick. Ses activités incluent écrire des lettres aux journaux et faire des manifestations contre l’affichage bilingue.

C’est difficile pour moi de lire leur lettres, d’abord parce que je m’oppose fondamentalement à leur idéologie principale, mais aussi parce que leurs arguments ne sont pas toujours bien fondés. Par exemple, une des lettres publiés sur leur site Internet  ( qui n’est pas disponible en français, grosse surprise…) commence en parlant de l’immigration francophone, ensuite dit que cela enlève des soins de santés aux ainés, et finit par dire qu’il ne faut pas imposer la langue de la minorité à la majorité. Une autre parle de « french agitators », et insinue qu’il y a une espèce de conspiration pour insister sur des services en français là ou ce n’est vraiment pas nécessaire.  La moindre des choses qu’on peut dire, c’est que c’est décousu leur affaire.

Mais s’ils étaient mieux organisés et plus éloquents? Ils pourraient avoir une vraie influence sur les décideurs. Leurs peurs sont compréhensibles. Ils n’ont pas accès aux emplois bilingues, et ils semblent croire que chaque pas de l’avant de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick force la communauté anglophone à prendre un pas de l’arrière. Pour eux, chaque dollar dépensé sur le bilinguisme est un dollar qui ne sera pas utilisé pour répondre à leurs besoins. Fondamentalement, l’idée de garder un œil sur comment on fait avancer le bilinguisme n’est pas mauvais, puisque ça demande au gouvernement d’être fiscalement responsable avec ses dépenses, et de penser aux conséquences pour la population en général lorsqu’elle fait des décisions qui affectent une minorité.

La Anglo society peut nous apprendre un leçon de tolérance. Si on veut le droit de revendiquer pour notre cause, il faut accepter que ne sera pas les seuls à le faire.  On sait au moins qu’on vit dans un pays démocratique, où plusieurs intérêts sont représentés. La meilleure chose qu’on puisse faire, c’est les éduquer sur la situation francophone, pour qu’ils comprennent mieux pourquoi leur gouvernement donne du soutient aux communautés acadiennes qui les entourent, et espérer qu’ils arrivent à voir plus clair là-dedans.

Malgré tout ça, c’est quand même tentant de les narguer en leur écrivant  en français et en demandant qu’ils traduisent leurs lettres, puisqu’on est un pays bilingue, après tout. 

Recensement 2011 : On ne comptera pas sur nous

Tel que publié dans l'édition du 16 juillet 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse


La nouvelle que le Gouvernement fédéral apporte des changements importants au prochain recensement est inquiétante. Les sondages seront moins longs, et la partie qui doit obligatoirement être remplie sera transmise à moins de gens. Cela peut sembler bon, mais les chiffres obtenus par Statistique Canada seront beaucoup moins précis dans leur ensemble. De plus, des changements portés aux questions linguistiques pourraient faire ratatiner chiffres des communautés acadiennes et francophones du pays.

Le nouveau sondage ne nous demandera plus quelles langues nous parlons à la maison, ni lesquelles on sait parler, préférant nous demander simplement quelle est notre langue maternelle. Il ne faut pas trop se creuser les méninges pour voir les conséquences de cette substitution. Il suffit de penser à ceux qu’on connait qui sont dans des familles exogames, et qui parlent le français, mais qui ont l’anglais comme langue maternelle. Ou à tous les gens qui ont appris leur français en immersion. Ou qui ont une autre langue comme langue maternelle, mais parlent le français à la maison et dans la communauté. Tous ces gens n’apparaitront pas comme étant francophones sur le prochain recensement.  Et de plus, on ne pourra plus mettre que nous savons aussi fonctionner en anglais, même avec le français comme langue maternelle. Le pays est peut-être bilingue, mais on ne semble pas trop s’inquiéter sur si c’est le cas pour ses habitants.

Ce changement a eu lieu sans que nous ayons la chance d’y mettre nos deux sous. Ce serait, selon le gouvernement, parce que beaucoup de canadiens trouvaient le formulaire trop long à répondre, et parce qu’il donnait trop d’information personnelle au gouvernement. Quelle paresse! En tant que citoyens du canada, nous n’avons que quelques opportunités de participer activement à la gouvernance de notre pays. Le recensement est une chance pour nous de nous identifier selon les langues qu’on parle, et non seulement par celle qu’on a apprise en premier, ou celle qui se parle majoritairement. C’est triste que parcequ’on n’a pas envie de remplir un formulaire pendant 20 minutes, à tous les 5 ans, qu’on ne pourra plus voir les deux langues officielles représentées fidèlement dans les statistiques du gouvernement.

Ça fait longtemps que le recensement est un défi pour notre communauté. La Sagouine d’Antonine Maillet avait de la difficulté à s’identifier comme étant acadienne aux « encenseux », et a eu une réflexion qui semble tout à fait à propos aujourd’hui, et sur laquelle je vous laisse :

« Parce que tu finis par pus saouère quoi c’est que t’es entoute.  Tu te sens comme si t’étais de trop, ou ben qu’y avait pus parsounne qui voulit de toi… T’es pas de trop, peut-être ben, mais t’as pas ta place au pays. »