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lundi 31 octobre 2011

Manifeste personnel d’une patriote moderne



Tel que publié dans l'édition du 28 octobre 2011 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Dans cette époque où notre Acadie semble devenir de plus en plus politique, et où notre peuple se définit par ses confrontations avec le gouvernement et son financement, j’ai besoin de quelque chose de plus. Dans toutes ces luttes, j’ai peur que nous devenons fixés sur la structuration et l’organisation de notre Acadie, et que nous oublions comment simplement être acadiens. J’ai donc la prétention de m’avoir fait un manifeste pour me rappeler comment vivre mon peuple, si ce n’est que pour ma propre survie dans ce monde où ma langue et ma culture peuvent si facilement disparaître dans la masse majoritaire. Je partage ça avec vous aujourd’hui.

1.    Je sais qui je suis et d’où je viens.

Je n’oublie pas que je suis acadienne, et que c’est une partie intégrale de qui je suis.

2.    Je n’ai pas peur de le montrer.

J’ose afficher ma culture et mes origines n’importe où. Mon peuple ne se cache plus dans les bois, et ne le fera plus. Je suis fière de qui je suis.

3.    Je ne m’excuse pas pour ma langue.

Je n’ai pas peur ou honte de parler ma langue devant quiconque, que ce soit des anglophones, d’autres francophones ou ma famille. Ma langue n’est pas inférieure aux autres.

4.    Je crois à la cause.

Je suis conscientisée des défis de nos communautés, et je vois le travail qu’il y a à faire. Peu importe le découragement que je peux vivre, je crois fondamentalement que je dois garder l’avenir de mon peuple au cœur de mes actions.

5.    J’agis envers la cause.

Je pose des actions envers le développement de ma communauté et de mon peuple, que ce soit en m’impliquant dans des associations, en faisant du bénévolat, en revendiquant mes droits, ou en élevant  fièrement mes enfants en français.

6.    Mon Acadie est inclusive.

Je ne reste pas collée aux définitions de l’Acadie d’autrefois. Mon Acadie est formée non seulement de ceux qui sont les descendants de colons et de déportés et qui portent fièrement leurs noms, mais aussi de tous ceux qui se rattachent à nos luttes et à notre façon de vivre, qu’ils soient des néo-acadiens, des africadiens, des canacadiens, des québécadiens, ou quoi que ce soit.

7.    Je connais mon histoire.

Mon peuple est riche d’une histoire pleine de ténacité, de malheur, de travail, d’endurance, de fierté, de tradition, et d’adaptabilité. Cette culture m’est parvenue malgré tous les obstacles qu’elle a rencontré depuis 400 ans, et c’est mon devoir de la connaître.

8.    Je consomme ma culture.

Je fais l’effort de connaître les artistes de mon Acadie d’hier et surtout celle d’aujourd’hui. Ils racontent leur vision de ce que nous vivons comme peuple, et je m’immerge dans ma culture en la consommant par tous les médiums que je peux.  Si j’ai moi-même quelque chose à exprimer, j’ai le devoir de me mettre à l’ouvre moi aussi.

9.    Je partage mon Acadie

Je suis par mon existence-même une ambassadrice de mon peuple, comme tous les acadiens. Je suis prête à expliquer qui nous sommes et ce que nous sommes, du moins de mon point de vue, à qui que ce soit, et surtout à nos jeunes acadiens et acadiennes.

10 Je serai toujours acadienne

Je suis acadienne du berceau à a tombe. Je ne vivrai pas toujours ma culture de la même façon, mais j’y serai profondément attachée jusqu’à la fin de mes jours.

lundi 12 septembre 2011

Diplôme/diploma

Tel que publié dans l'édition du 2 septembre  2011 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Au début d’une nouvelle année scolaire, je ne peux m’empêcher de réfléchir à ce qui se passe dans ces piliers de nos communautés, nos écoles.

Nous sommes tellement fiers d’offrir une éducation bilingue à nos enfants. On leur enseigne non seulement le français, mais aussi l’anglais à un niveau de langue première. On se vante que nos élèves se classent au premier rang dans les évaluations provinciales d’anglais. On vend le bilinguisme comme une (si pas la) raison d’inscrire nos enfants aux écoles francophones. On parle de nos gradués comme des jeunes tenant en main un diplôme qu’on qualifie de bilingue.

Mais j’ai dépoussiéré mon diplôme et il ne comporte aucun paragraphe, aucune phrase, même aucun astérisque lié à du texte tout petit qui dit que je suis capable de parler les deux langues officielles de mon pays. Avant de me rappeler que l’année inscrite sur mon diplôme affecte la pertinence de son utilité comme outil de recherche sur cette question, je vous assure que je me suis informée auprès de des gradués plus récents, et que le mot bilingue n’apparait pas plus sur les leurs. Alors pourquoi vent-on ce diplôme qui supposément nous certifie comme étant des citoyens parfaitement bilingues? Et est-ce que ce but ultime de bilinguisme ne vole pas le trône sur lequel devrait siéger nos compétences en français d’abord?

Soyons clairs : Je veux que nos jeunes puissent utiliser les deux langues officielles à leur plein potentiel. Je veux qu’ils maitrisent la langue de Shakespeare comme celle de Molière. Je suis fière qu’ils sont capables de faire de belles phrases en anglais qu’ils sortent n’importe où. Mais en les écoutant parler, il est clair que dans leur balance bilingue, ça penche énormément plus du côté de Shakespeare.

Je ne sais pas comment ils se comparent aux étudiants en immersion au niveau du français, parce que cette évaluation n’existe pas, mais je vous avoue que je ne serais pas surprise de les voir ne pas être classés en première place. Ce que je sais pour sur, c’est que beaucoup de nos étudiants bilingues sont très surpris de se voir placer dans des cours de français beaucoup plus basiques qu’attendu lorsqu’ils arrivent au niveau universitaire. Il y a un temps où certains se sont même retrouvés en immersion française après avoir gradué d’une école francophone. Bien que cela ne se produise plus, la réflexion se pose sur si c’est dû à l’amélioration de la qualité de la langue ou si c’était juste trop humiliant pour eux…

Donc je propose qu’on se rappelle que nos élèves sont exposés à énormément d’anglais dans leur vies, et qu’ils parlent en général un anglais près d’impeccable (ou du moins qui parait impeccable en comparaison avec leur français, tristement). Mettons-nous dans l’esprit que l’anglais est un effet secondaire de l’éducation en français, et soyons fiers de nos diplômes français, de nos résultats en français, de nos capacités de création littéraire. Soyons heureux que nous pouvons jouer avec la langue pour exprimer ce que l’on veut, et ce, en utilisant les subtilités, les nuances, et les mots qui font de la nôtre une langue reconnue mondialement comme étant belle et poétique. Et assumons que les gens savent qu’on parle bien en anglais, puisqu’ils nous entendent le faire plus que souvent.

Et n’oublions pas cette expression : « Le français s’apprend. L’anglais s’attrape. »

mardi 15 mars 2011

État de la situation en Acadie


Tel que publié dans l'édition du 4 mars 2011 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Comme vous le savez bien, dans les dernières semaines, l’Acadie de la Nouvelle-Écosse a pris quelques coups durs. 

Après avoir vu notre drapeau brûlé, et après avoir su que certains employés du gouvernement fédéral ont essentiellement peur de nous parler dans notre langue, il faut prendre un pas de recul et réfléchir à la situation actuelle de notre peuple. 

Nous vivons dans une province où nos besoins linguistiques sont souvent perçus comme une menace. Où nos conversations en public dans notre langue sont considérées impolies. Où chaque supposé droit doit être acquis à coups de procès et protégé par des vigilants individuels qui sont vus comme des radicaux dans leurs propres communautés. Où les panneaux en gaélique sont vues comme étant spéciaux et touchants, et ceux en français sont vus comme des revendications coûteuses. Où être parfaitement bilingue et insister sur se faire servir en français frôle l’hérésie. Et où nos communautés sont isolées les unes des autres et séparées par des régions anglophones afin de nous donner l’illusion d’être seuls dans notre situation, comme l’ont voulu les conditions du retour du grand dérangement.

Non, la vie n’est pas rose pour nous. Cela ne nous empêche pas d’être un peuple fier, qui par le fait même qu’il existe encore aujourd’hui démontre qu’il réussit à surmonter des obstacles qui ont causé la fin de d’autres cultures. Nous avons plus que survécu. Nous avons créé, nous avons innové, nous avons lutté.

Notre marche de l’avant doit se faire en se responsabilisant. Nous ne devons avoir aucune hésitation, aucune honte, à nous montrer comme acadiens, et comme francophones. Nous ne devons pas limiter notre patriotisme à afficher notre drapeau, mais aussi être prêts à défendre ce que ce drapeau représente, la lutte incroyable d’un peuple pour sa survie malgré tous les malheurs vécus.  Nous devons connaître exactement ce que sont nos droits et être à l’aise de demander qu’ils soient respectés. Nous nous devons de mieux connaître notre histoire, mais aussi de connaitre les artistes d’aujourd’hui qui partagent leur vision des réalités que l’on vit. Nous devons utiliser le service en français lorsqu’il et offert, et démontrer une demande pour lorsqu’il ne l’est pas. Nous ne devons pas nous concentrer sur les différences entre nos régions, mais plutôt reconnaitre que nous voulons tous la même chose, à la fin, et commencer à agir comme un peuple uni. Nous devons assurer que nous n’oublions pas que cette langue et cette culture nous a été passée, et que nous avons le devoir de faire sur que nos enfants parlent  le français et ont le courage de le faire.

Lorsqu’on représente l’Acadie sur le plan politique, ou sur la scène culturelle, il ne faut pas s’arrêter au folklore ou à la déportation, mais plutôt oser parler des côtés moins charmants de la situation actuelle. Prenons le temps de connaitre les institutions qui parlent en notre nom, et les politiciens qui votent sur nos lois. Ayons la fierté d’avoir les yeux ouverts à ce qui nous entoure, et le courage de s’exprimer sur notre sort.

Et n’oublions jamais que l’union fait la force. 

lundi 6 décembre 2010

Choisis ton aventure

Tel que publié dans l'édition du 26 novembre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Aujourd’hui, vous allez choisir votre propre aventure.

Imaginez-nous en train de vous préparer à demander un service d’une partie offrant un service bilingue. Ça peut-être une agence gouvernementale, une compagnie privée, ou n’importe quelle autre situation où vous avez le droit de vous faire servir en français. Vous arrivez au comptoir (où, après avoir choisi une d’une innombrable quantité d’options vous tombez finalement sur une vraie personne au téléphone), et avec votre plus beau sourire aux lèvres, vous dites « Bonjour! », puis posez votre question en français.  La personne vous répond qu’ils ne parlent pas en français (Ici, vous êtes libres d’imaginer le ton qu’ils prennent : mal à l’aise, défiants, de bonne humeur, espérant que vous n’êtes pas venu évaluer la qualité du service bilingue, etc. C’est votre histoire, après tout).

Comme cette personne ne peut vous servir dans votre langue, vous :

a)    Demandez en français  si on peut vous trouver quelqu’un qui peut vous servir en français.

b)    Demandez en anglais  si on peut vous trouver quelqu’un qui peut vous servir en français, pour faire sur qu’ils vous comprennent.

c)    Demandez en anglais (avec votre accent francophone le plus lourd ) si on peut vous servir en français, feignant que les seuls mots que vous connaissez en anglais sont pour demander du service en français

d)    Leur laissez savoir que vous savez que vous avez le DROIT d’être servi en français, et que vous ne bougez pas jusqu’à ce qu’ils se débrouillent. En attendant, vous leur lisez les articles 16 à 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, parce que tant qu’à attendre, autant sensibiliser…

e)    Reposez votre question en anglais, parce que anyways, mesque vous leur disez que vous voulez renewer votre license plate, ils vont savoir que vous les comprennez.
Je vous avoue d’avoir essayé toutes ces solutions auparavant. Oui, même le faux accent, question de ne pas se sentir mal de les laisser savoir qu’il serait super facile de juste me faire servir en anglais, au lieu de les faire suer. Ça peut sembler cruel, mais en revange j’ai le malaise de leur mentir linguistiquement (c’est la pire sorte de mensonge, comme lorsqu’on se dit que puisqu’on a parfois de la difficulté à s’exprimer en français qu’on n’est pas vraiment francophone).

C’est sur que dans un monde idéal, on n’aurait pas besoin de faire ce choix, parce que cette situation ne devrait pas avoir lieu. Mais la réalité est que parfois il manque de personnel, ou il y a une personne qui est bilingue, mais elle est malade ce jour-là, ou quelqu’un a sous-estimé la demande pour les services en français. De plus, la grande majorité des francophones est capable d’au moins de débrouiller en anglais, et ne veut pas attendre plus qu’il faut pour se faire servir, peu importe la langue. Comment trouver la ligne entre être patriote pour la cause et être raisonnablement flexible? C’est un équilibre entre la valeur de se faire servir en français et le temps supplémentaire nécessaire pour que ça arrive, prenant compte des facteurs comme l’humeur de la personne qui vous sert, et combien lutteur vous vous sentez aujourd’hui. Demander ses services en français est autant une question émotionnelle que politique.

Par contre, lorsque la GRC nous arrête pour excès de vitesse, nous devenons très vite prêts à insister sur le service en français…

lundi 25 octobre 2010

Bilinguisme obligatoire


Tel que publié dans l'édition du 22 octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

J’ai récemment demandé à une jeune anglophone ce qu’on pouvait faire pour que nos deux communautés linguistiques soient plus unies. Elle m’a répondu quelque chose de très intéressant : Il faudrait faire tous les anglophones apprendre le français dans le cadre du système scolaire.

Il y  a certainement des options qui existent pour que les anglophones puissent se franciser au cours de leur éducation secondaire, notamment le programme d’immersion qui leur permet de prendre leurs cours en français. Les étudiants qui ne choisissent pas l’immersion ont l’option de prendre des cours de français, au choix. Malheureusement, ces cours ne sont pas assez intensifs pour rendre les jeunes qui les prennent bilingues.

Alors si on imposait l’enseignement des deux langues à tous les canadiens? Il faudrait une grande réforme du système, mais imaginez si tous les canadiens pouvaient comprendre les deux langues officielles. Notre petit monde francophone serait accessible à tous et il y aurait peut-être la formation d’une identité commune.  

Nos écoles francophones enseignent déjà l’anglais au même niveau que les écoles anglaises. Notre environnement minoritaire est assez pour qu’on apprenne l’anglais plus ou moins par osmose. Faudrait-il alors évaluer le facteur environnemental  pour chaque région afin de personnaliser le système d’éducation selon le niveau d’exposition à l’autre langue officielle?  Est-ce qu’on le fait par province? Par école? Par élève, même? Ça pourrait être problématique.

J’aurais aussi une inquiétude par rapport à la façon dont la relation est formée avec la langue française. Dans mon expérience personnelle, beaucoup de personnes qui apprennent le français sont gênés de l’utiliser. Ils disent souvent que c’est parce que leur accent n’est pas bon.  C’est tellement triste de voir quelqu’un qui a fait l’effort d’apprendre une autre langue ne pas avoir la confiance de l’utiliser. Il faudrait alors enseigner le français en le mettant dans le contexte de la francophonie internationale, ou il a en fait plusieurs français, et où les accents sont infinis. Et en plus, l’accent « francophile » est adorable!

Finalement, dans un canada où les jeunes qui graduent de l’école sont capables de converser dans les deux langues officielles, il faudrait prendre avantage de ça. Vous savez comme moi que lorsqu’on n’utilise pas une langue, on la perd. Il faut donc donner des occasions à ces jeunes d’utiliser le français. J’ajouterais aussi qu’il faudrait leur faire vivre des expériences qu’ils partagent avec des francophones de souche et où ils voient qu’ils sont des petites tuiles dans la mosaïque de la francophonie. Je crois qu’il est temps d’arrêter de promouvoir la langue français comme un outil de travail, et de commencer à  parler du côté plus affectif.

Mais ce n’est pas demain que tout cela arrivera. Rendre les canadiens bilingues n’est pas une tâche facile, et nécessite un effort incroyable du gouvernement fédéral, et une grande concertation des provinces, sans mentionner les coûts d’une telle réforme au système.

Mais imaginez un monde où on ne parle plus de minorité anglophone ou francophone, mais on parle de minorité unilingue, et de majorité bilingue.

jeudi 14 octobre 2010

C’est pas mal, pour un acadien….

Tel que publié dans l'édition du 8 octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Est-ce qu’on se tient à des standards moins élevés, entre acadiens? Est-ce qu’on se contente de faire ce que nous faisons, sans se tenir au niveau des autres? Apparemment, oui.

Récemment, le jury du Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) a décidé de ne pas accorder de prix dans la catégorie de moyen ou long métrage acadien. Pourquoi? Selon eux, aucun des films présentés n’était à la hauteur. Cette décision est évidemment controversée.

D’abord, je crois que la nature de la catégorie veut que le prix puisse être accordé peu importe les soumissions. Même dans le cas où les films en compétition sont affreux (je ne sais pas si c’est le cas pour les films candidats au FICFA), on peut choisir le meilleur des mauvais films. Comme tous les moyens ou longs métrages acadiens sont automatiquement éligibles pour le prix, il me semble qu’on pourrait au moins choisir un film, selon les circonstances.

Mais je trouve intéressant que la présidente du jury a dit que ce n’est pas tous les cinéastes acadiens qui se méritent quelque chose. Je ne crois pas que tous les cinéastes acadiens réclament qu’on leur octroie un prix peu importe leur travail créatif. Mais est-ce vrai qu’on compare nos artistes entre eux et pas aux autres artistes hors-Acadie de leurs domaines? Est-ce une mauvaise chose? N’est-ce pas que c’est un peu décourageant de ne pas avoir de meilleur film acadien parce que les films produits par les autres sont de meilleure qualité, surtout si on considère les facteurs socio-économiques touchant à nos artistes?

Je me demande si ce genre de décision peut aggraver le complexe d’infériorité de l’Acadie. Je vois mal d’autres festivals ne pas accorder de prix parmi les œuvres reçues. Est-ce parce qu’ils n’oseraient pas admettre au grand public que leurs artistes ne sont pas du calibre voulu? Où plutôt que tous leurs artistes sont au calibre et que cette question n’entre pas en jeu?

Mais si les œuvres ne sont vraiment pas de bonne qualité, que devrait faire le jury? Recevoir le prix de meilleur moyen ou long métrage acadien est quand même prestigieux.  En quelque part, le cinéaste se méritant ce prix devient ambassadeur de tous les cinéastes acadiens, du moins pour un an. Veut-on des ambassadeurs dont les œuvres sont médiocres? Évidemment non.

J’ai de la misère à me positionner définitivement sur cette question. Come je n’ai pas vu les films en question, je ne peux me baser que sur la philosophie éthique de la situation, et je me demande si nous devons nous reconnaitre entre acadiens malgré tout, où si nous pouvons nous dire que nous ne sommes pas au niveau des autres et que nous ne méritons pas d’accolades pour ce que nous avons produit.

Il y a deux choses dont je suis certaine : Je suis contente d’avoir été ni membre du jury, ni cinéaste en nomination au FICFA cette année.

jeudi 7 octobre 2010

Néo-Acadiens

Tel que publié dans l'édition du 1er octobre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Les acadiens sont en train de changer. Je ne parle pas d’un changement personnel dans chaque individu, mais plutôt au niveau du peuple et de la diaspora.

Nous avons de plus en plus de nouveaux arrivants au sein de nos communautés. Avec l’ouverture du Centre de l’immigration francophone Nouvelle-Écosse la semaine prochaine, nos avons officiellement un rôle dans l’arrivée dans notre province de gens qui parlent notre langue. Et nous accueillons depuis longtemps des francophones de partout au Canada, notamment du Québec. 

Tout ça est important, mais il faut aussi penser à l’influence que cette diversification francophone a sur l’identité acadienne. Je ne propose absolument pas de lancer le débat sur l’identité acadienne, ce qui a, dans ce contexte, des teintes de racisme et d’exclusion. Il suffit de regarder à comment ce débat a nuit à l’image de la France lorsqu’elle l’a eu. Par contre, est-il vraiment juste de dire que nos institutions desservent les Acadiens alors qu’elles s’occupent maintenant de Sénégalais, de Marocains, de Libanais, de Québécois, et de tous ceux qui veulent avoir une vie en français? Je pense que oui.

Il est non seulement important de préserver l’importance de la culture acadienne dans le contexte historique de notre province, mais aussi d’ouvrir les portes de l’Acadie aux autres. Si nous n’accueillons pas les gens au sein de notre communauté, les nouveaux arrivants vont naturellement soit former leur propre communauté francophone, à l’extérieur de la notre, ou simplement s’intégrer à la communauté anglophone. L’exclusion va soit ségréger les francophones selon leur origine, soit les perdre tout court. Ni l’un ni l’autre ne nous aide.

Il faut alors non seulement partager ce qu’est notre culture, mais aussi faire passer le message qu’elle peut leur appartenir aussi. À l’encontre de l’ancienne vision que les Acadiens sont seulement les descendants des LeBlanc, des Comeau, des D’Entremont qui ont formé l’histoire francophone sur ce territoire, nous devons changer notre discours pour laisser savoir aux gens qu’ils peuvent aussi devenir Acadiens. Notre culture ne perd rien en laissant quelqu’un d’origine externe se dire Acadien. En fait elle en profite énormément. L’Acadie prendra des nouvelles couleurs, et on verra peut-être des changements importants à ce qui se passe dans notre culture, et tout ça, c’est un signe de progrès!

Et comment ces nouveaux arrivants peuvent-ils savoir qu’ils sont devenus Acadiens? S’ils posent la question, c’est qu’ils le sont déjà.

“A French thing”

Tel que publié dans l'édition du 17 septembre 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Comme à peu près tout le monde, j’ai des amis et de la famille qui sont des unilingues anglophones. Et ça me cause des problèmes.

Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas gentils ou aimables. Ou même qu’ils essayent de m’assimiler. Au contraire, comme je l’ai mentionné auparavant, la plupart sont ouverts à la francophonie et aux francophones. Mais je n’arrive simplement pas à leur expliquer ce que je fais avec la communauté francophone. 

Je travaille dans un organisme à but non lucratif, à développer des projets jeunesse qui visent à, entre autres, développer l’identité culturelle chez les jeunes. Et j’ai beaucoup de difficulté à expliquer ça.

Il faut vraiment faire une énorme mise en situation pour en arriver au travail qui se fait aujourd’hui. Un peu d’histoire acadienne, l’explication du passé des écoles et des luttes qui ont eu lieu, l’explication du rôle des institutions, discussion sur l’assimilation, discussion sur le rôle des familles exogames et de l’importance des milieux francophones, mise au point sur les questions de fierté et d’identité dans une communauté qui n’est pas formée que d’acadiens mais aussi de francophones venus d’ailleurs, petite introduction à la francophonie canadienne et internationale, explication brève des processus financiers qui font rouler les organismes communautaires, description des autres organismes. Et tout ça ne fait qu’expliquer pourquoi je travaille, et non ce que je fais. Et il faut vraiment être intéressé pour assister à ce discours juste pour savoir ce que je fais comme travail.

Mais je m’efforce à expliquer tout ça, parce que je crois qu’il est important pour nous tous d’être mieux compris par la population anglophone qui nous entoure. D’abord, parce qu’ils ont le poids démographique qui est tellement important lors de décisions et de processus démocratiques. Ensuite, parce que j’en ai marre d’entendre que je vais à un « french thing », alors que j’assiste à des forums, des conférences, des concertations, des réunions, des événements jeunesse, et des spectacles. On ne peut pas blâmer qui que ce soit d’être ignorant de la réalité francophone, mais si on les laisse dans cette ignorance, ça devient un peu de notre faute. Et qui sait, ils deviendront peut-être partisans de la cause.

Mais j’ai encore des défis. Par exemple, je donnerais ma main droite pour avoir un mot en anglais qui est équivalent à «animation ». On peut dire que c’est un mélange de hôte, maitre de cérémonie, et de motivateur, mais ce n’est pas très concis, et essayez donc de mettre ça sur votre CV! Aussi, quelle est la meilleure chose à dire à quelqu’un qui dit ne pas aimer votre musique en français parce qu’ils ne comprennent pas les mots et qu’ils sont mal à l’aise? Les envoyer se promener? Leur faire un discours sur comment la musique est importante pour la survie culturelle du peuple? Monter le volume? L’éteindre poliment?

Bref, la relation avec les anglophones n’est pas toujours facile à gérer. Mais il est primordial pour l’avenir de notre communauté qu’au minimum, ils nous comprennent un peu mieux. Et c’est à nous de passer le mot!



Un Forum incroyable

Tel que publié dans l'édition du 27 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse

Chers lecteurs, permettez-moi d’être un peu égoïste avec cet espace cette semaine, et de vous parler d’une expérience sans pareil que je viens de vivre.

J’ai tout récemment participé au Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques, organisé par le Centre de la francophonie des Amériques, à Moncton et à la péninsule Acadienne. Je me suis trouvée en compagnie d’une soixantaine de jeunes vraiment spéciaux, venant du plus sud du continent jusqu’au nord du Canada, et en passant par la Caraïbe. En plus d’échanger avec des jeunes de partout dans notre belle langue qui souvent n’était pas leur première, j’ai pu vivre et partager l’Acadie avec des gens qui ne savaient pas trop ce que c’était. Je vous assure que beaucoup sont partis en se considérant acadiens.

Vous raconter tous les beaux moments prendrait cette édition entière du Courrier, alors je me retiendrai un peu. Nous avons eu droit à des tables rondes, des conférences, des ateliers, et des événements culturels incroyables. Quelques moments qui ont été forts pour moi personnellement sont été le cours d’histoire rapide de Maurice Basque, historien de l’Acadie par excellence, la conférence d’Antonine Maillet, et passer le 15 août à la péninsule acadienne, avec 1755 en spectacle, en plus! J’ai aussi pu être témoin à l’éveil identitaire de plusieurs participants, notamment un louisianais vivant au Texas qui a pu vraiment vivre sa langue dans un environnement francophone pour la toute première fois. Vous pouvez imaginer qu’il y a eu des émotions fortes, et des moments de solidarité intenses.

En fait, la francophonie a plusieurs facettes sur ce continent. En Amérique du sud et aux États-Unis, c’est surtout une langue d’apprentissage. Pour les Canadiens, c’est une langue que nous devons nous engager pour garder. Pour les Créoles et les autochtones, c’est la langue de l’oppresseur qu’ils ont gardé au fil des ans. Ce qui est toujours incroyable chez les jeunes, c’est notre capacité de surmonter ces différences en un instant pour se rassembler autour d’humour, de chansons, et d’expériences que nous créons ensembles.

Tout ça est bien beau et crée des jolis moments pour la couverture médiatique, mais ce ne semble pas trop concret. À la toute fin du forum, il y a eu un engagement de la part des jeunes pour créer des initiatives après leur retour. Je suis déjà en contact avec des ambassadeurs pour travailler sur des projets de natures diverses et tangibles. Restera à voir quelles sortes de retombées nous pouvons avoir en collaborant de l’autre bout du monde. Du moins, on aura une pleine conscience du fait francophone dans ce grand continent qu’est les Amériques.

Finalement, je veux partager avec vous un moment qui m’a marqué de façon inattendue. Nous avons eu droit à une petite mise en contexte au Pays de la Saguine, par une dame qui s’appelait Dorine. Après nous avoir expliqué un peu l’histoire de l’Acadie, elle s’est penchée vers l’avenir. Elle a dit, avec toute la conviction de con corps et de son cœur : «  Pour garder la langue, il y a seulement une méthode. Pas deux, pas cinq, pas dix. Une. Et c’est celle-ci : Soyez fiers de qui vous êtes ». J’en ai encore des frissons.

Une identité bilingue?

Tel que publié dans l'édition du 6 août 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse



Dernièrement, on voit de plus en plus d’indications qu’entre les cultures anglophones et francophones, une autre se forme. Serait-il possible que le bilinguisme forme une vraie culture autour de lui? Est-ce bon pour la communauté francophone?

Ça fait  peut-être vingt ans depuis que Roch Voisine a eu son succès avec la chanson bilingue « Hélène », mais la mode est loin d’être passée. Des groupes comme  Alfa Rococo  et Bette et Wallet chantent aujourd’hui des chansons avec des parties en anglais, et d’autres en français, pêle-mêle. Ce mélange a été crédité comme un des facteurs du succès monstre de l’album Belmundo Régal, du groupe Radio Radio. Ça permet aux anglophones d’écouter et d’acheter de la musique « française » qu’ils n’auraient pas autrement pu comprendre. Ça permet aux artistes d’avoir une portée beaucoup plus large avec leurs créations, ce qui est important quand on considère que le système de diffusion et de promotion est encore largement anglophone en Amérique du Nord.

 Mais cette culture est-elle vraiment en train de nous bilinguiser?

Pour moi, ma vie est divisée en parties, selon la langue utilisée. J’ai ma culture acadienne, et mes amis francophones, et une communauté à multiples niveaux à laquelle je sens une appartenance. J’ai aussi un milieu anglophone, des amis qui ne parlent pas le français, et tout un bagage culturel américanisé auquel je tiens aussi. Ces cultures sont dans des compartiments identitaires séparés, et mon identité est formée du mélange des deux. Je ne dirais pas autant que mon identité est « bilingue ».

Le danger lorsqu’on identifie notre culture comme étant bilingue, c’est qu’on mêle identité et habileté. On a les capacités de fonctionner dans les deux langues, et on se voit dans les deux cultures formées autour d’elles. Mais on ne peut malheureusement pas vraiment voir une culture entre les deux. Une des raisons est que c’est largement les francophones qui s’ouvrent vers la culture anglophone, avec peu de réciprocité. On ne pourrait vraiment parler de culture bilingue que lorsque les prestations culturelles bilingues viennent des deux côtés de la médaille. Ça me ferait plaisir de voir un groupe comme Nickelback faire un album où la plupart des refrains sont en français, et voir les canadiens se rassembler autour de cet album mais je ne tiendrai pas mon souffle.

Entre temps, on peut appuyer les efforts de ces groupes qui poussent les limites des cultures déjà définies. En écoutant des chansons bilingues, on peut imaginer un Canada avec une culture unie, où on connait aussi bien Jean-François Breau que Justin Bieber, partout au pays. D’un pays où on partage vraiment des éléments de la même culture, sans compromis linguistique ni traduction.

Cette nouvelle vague dans le monde de la musique ne témoigne pas d’une culture véritablement bilingue, mais plutôt du  rêve de la culture bilingue et de sa vitalité

Anglo Society

Tel que publié dans l'édition du 23 juillet 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse


Pour tous les défis que nous avons comme acadiens et francophones, nous pouvons nous compter chanceux d’une chose : nous n’avons pas de groupe organisé qui s’oppose officiellement à notre lutte pour nos droits. Ce n’est pas le cas pour nos voisins au nord.

La Anglo Society of New Brunswick est un groupe qui se dit défendeur de la culture et de la langue anglais au Nouveau-Brunswick. Ses activités incluent écrire des lettres aux journaux et faire des manifestations contre l’affichage bilingue.

C’est difficile pour moi de lire leur lettres, d’abord parce que je m’oppose fondamentalement à leur idéologie principale, mais aussi parce que leurs arguments ne sont pas toujours bien fondés. Par exemple, une des lettres publiés sur leur site Internet  ( qui n’est pas disponible en français, grosse surprise…) commence en parlant de l’immigration francophone, ensuite dit que cela enlève des soins de santés aux ainés, et finit par dire qu’il ne faut pas imposer la langue de la minorité à la majorité. Une autre parle de « french agitators », et insinue qu’il y a une espèce de conspiration pour insister sur des services en français là ou ce n’est vraiment pas nécessaire.  La moindre des choses qu’on peut dire, c’est que c’est décousu leur affaire.

Mais s’ils étaient mieux organisés et plus éloquents? Ils pourraient avoir une vraie influence sur les décideurs. Leurs peurs sont compréhensibles. Ils n’ont pas accès aux emplois bilingues, et ils semblent croire que chaque pas de l’avant de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick force la communauté anglophone à prendre un pas de l’arrière. Pour eux, chaque dollar dépensé sur le bilinguisme est un dollar qui ne sera pas utilisé pour répondre à leurs besoins. Fondamentalement, l’idée de garder un œil sur comment on fait avancer le bilinguisme n’est pas mauvais, puisque ça demande au gouvernement d’être fiscalement responsable avec ses dépenses, et de penser aux conséquences pour la population en général lorsqu’elle fait des décisions qui affectent une minorité.

La Anglo society peut nous apprendre un leçon de tolérance. Si on veut le droit de revendiquer pour notre cause, il faut accepter que ne sera pas les seuls à le faire.  On sait au moins qu’on vit dans un pays démocratique, où plusieurs intérêts sont représentés. La meilleure chose qu’on puisse faire, c’est les éduquer sur la situation francophone, pour qu’ils comprennent mieux pourquoi leur gouvernement donne du soutient aux communautés acadiennes qui les entourent, et espérer qu’ils arrivent à voir plus clair là-dedans.

Malgré tout ça, c’est quand même tentant de les narguer en leur écrivant  en français et en demandant qu’ils traduisent leurs lettres, puisqu’on est un pays bilingue, après tout. 

Recensement 2011 : On ne comptera pas sur nous

Tel que publié dans l'édition du 16 juillet 2010 du Courrier de la Nouvelle-Écosse


La nouvelle que le Gouvernement fédéral apporte des changements importants au prochain recensement est inquiétante. Les sondages seront moins longs, et la partie qui doit obligatoirement être remplie sera transmise à moins de gens. Cela peut sembler bon, mais les chiffres obtenus par Statistique Canada seront beaucoup moins précis dans leur ensemble. De plus, des changements portés aux questions linguistiques pourraient faire ratatiner chiffres des communautés acadiennes et francophones du pays.

Le nouveau sondage ne nous demandera plus quelles langues nous parlons à la maison, ni lesquelles on sait parler, préférant nous demander simplement quelle est notre langue maternelle. Il ne faut pas trop se creuser les méninges pour voir les conséquences de cette substitution. Il suffit de penser à ceux qu’on connait qui sont dans des familles exogames, et qui parlent le français, mais qui ont l’anglais comme langue maternelle. Ou à tous les gens qui ont appris leur français en immersion. Ou qui ont une autre langue comme langue maternelle, mais parlent le français à la maison et dans la communauté. Tous ces gens n’apparaitront pas comme étant francophones sur le prochain recensement.  Et de plus, on ne pourra plus mettre que nous savons aussi fonctionner en anglais, même avec le français comme langue maternelle. Le pays est peut-être bilingue, mais on ne semble pas trop s’inquiéter sur si c’est le cas pour ses habitants.

Ce changement a eu lieu sans que nous ayons la chance d’y mettre nos deux sous. Ce serait, selon le gouvernement, parce que beaucoup de canadiens trouvaient le formulaire trop long à répondre, et parce qu’il donnait trop d’information personnelle au gouvernement. Quelle paresse! En tant que citoyens du canada, nous n’avons que quelques opportunités de participer activement à la gouvernance de notre pays. Le recensement est une chance pour nous de nous identifier selon les langues qu’on parle, et non seulement par celle qu’on a apprise en premier, ou celle qui se parle majoritairement. C’est triste que parcequ’on n’a pas envie de remplir un formulaire pendant 20 minutes, à tous les 5 ans, qu’on ne pourra plus voir les deux langues officielles représentées fidèlement dans les statistiques du gouvernement.

Ça fait longtemps que le recensement est un défi pour notre communauté. La Sagouine d’Antonine Maillet avait de la difficulté à s’identifier comme étant acadienne aux « encenseux », et a eu une réflexion qui semble tout à fait à propos aujourd’hui, et sur laquelle je vous laisse :

« Parce que tu finis par pus saouère quoi c’est que t’es entoute.  Tu te sens comme si t’étais de trop, ou ben qu’y avait pus parsounne qui voulit de toi… T’es pas de trop, peut-être ben, mais t’as pas ta place au pays. »